14 septembre 2018
Pourquoi les nouvelles technologies nous interrogent autant ? C’est la question que nous avons posée à Serge Tisseron qui interviendra samedi 13 octobre au congrès. Selon lui, elles défient la manière dont les parents considèrent leurs enfants. Elles nous invitent à investir autrement notre rôle d’éducateur !
Les écrans

 

 

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Serge Tisseron, psychiatre et psychanalyste, est à l’origine des repères «3-6-9-12, pour apprivoiser les écrans».
Il interviendra dès l’ouverture du congrès sur le thème « Placer l’humain au centre des changements » (samedi 13 octobre à 10h à l’amphithéâtre).  

Pourquoi les nouvelles technologies interrogent autant les familles ?

Hier les technologies nouvelles arrivaient lentement et les innovations étaient peu nombreuses. Cela laissait le temps aux familles de s’habituer à leur utilisation et d’adopter une nouvelle organisation. Aujourd’hui, les technologies évoluent extrêmement vite. Les seules personnes qui ont le temps de les découvrir et de les expérimenter en même temps que les technologies traditionnelles sont les jeunes. Les parents sont partagés entre l’admiration et l’inquiétude.

Comment l’irruption des nouvelles technologies a impacté les relations au sein de la famille ?

Les technologies bouleversent les codes traditionnels, notamment ceux de la transmission des connaissances. C’est ce que j’appelle l’« éducation inverse ». Ça n’est pas nouveau, les familles d’immigrés pratiquent déjà cela. L’enfant explique à ses parents comment remplir une feuille de sécurité sociale. De la même manière, il faut être curieux de ce que nos enfants peuvent nous apprendre sur les technologies nouvelles. Les parents ont beaucoup à apprendre d’eux.  En plus, en créant les conditions du dialogue et en invitant leurs enfants à en parler, ils les invitent à prendre du recul par rapport à ce qu’ils font. On comprend mieux ce qu’on fait quand on est obligé de l’expliquer !

Est-ce que cela modifie la nature même des relations humaines et donc des membres de la famille ?

Aujourd’hui un enfant peut s’entendre mieux avec un étranger qu’avec ses parents. Le numérique a bouleversé la sociabilité. On n’entre plus en relation parce qu’on habite ensemble ou à côté, mais parce qu’on partage un centre d’intérêt commun. Comment garder le contact avec nos enfants ? En partageant un centre d’intérêt avec eux. Pourquoi pas les jeux vidéo ? Il ne s’agit pas d’y jouer forcément soi-même, mais seulement de s’en rendre curieux. Qu’y fait l’enfant, pourquoi, avec qui ?

Dans certaines situations, les parents n’ont-ils pas tendance à tout mettre sur le dos des nouvelles technologies ?

Oui, à accuser le numérique de tous les maux, on risque d’oublier que les problèmes ont une cause, mais aussi une origine.  Par exemple, les jeux vidéo ont un pouvoir « addictogène », c’est indéniable. Mais tous les jeunes n’en deviennent pas accrocs. Cet accrochage pathologique a souvent son origine ailleurs que dans le jeu lui-même. Par exemple dans des difficultés scolaires, une déception amoureuse, une situation de harcèlement, ou simplement l’indisponibilité des parents aux questions de l’adolescent.  Le jeu devient un refuge. Nous oublions facilement la complexité des choses et l’importance du dialogue et de la confiance familiale. C’est bien plus simple de dire « c’est la faute des jeux vidéo » !

 

En savoir plus

Site web de serge Tisseron : https://sergetisseron.com

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